Vernissage de l’exposition de Ger Ziljstra

Le public  est venu nombreux pour le  vernissage de l’exposition Ger Ziljstra qui a eu lieu le vendredi 30 juin.

David Depardieu a accueilli l’artiste en la présence de M. Amizet maire d’Epineuil, et Ludwig Speter-Lejeune Collaborateur parlementaire de Loïc Kervran

M. Michel  Cegarra, directeur artistique du DomaineM,  a présenté les œuvres à la fois contemporaines et humanistes de Ger Ziljstra.

L’œuvre ouverte de Ger Zijlstra

De grands tableaux brûlant d’une énergie contenue, des sculptures bio morphes qui s’avancent dans l’espace pour nous interpeler, des assemblages où l’on perçoit, tout à la fois, la précision du geste et la grande énigme de la construction : tout le travail de Ger Zijlstra s’apparente à des dispositifs en action. Des forces sont à l’œuvre dans l’épaisseur des matières et un arc électrique se diffuse de proche en proche entre les peintures et les objets, les matériaux et les assemblages.

C’est sans doute ce qui frappe le visiteur : tout ce qu’il regarde communique, à l’évidence. Non pas simplement parce que des conglomérats de formes se répondent -comme les Portraits, en calebasse et bois-, ou parce que des sculptures de bois semblent des échos formels des peintures qu’elles jouxtent. Mais, plus profondément, parce qu’une vie secrète circule dans tout ce que l’artiste a touché, manipulé, créé. De sorte qu’un seul grand assemblage est là, sous nos yeux, comme un corps qu’il s’agirait de réassembler et de ressusciter.

C’est ici, sans doute, que nous touchons à la puissance proprement médiumnique ou, plus exactement, thaumaturge, du travail de Ger Zijlstra. Observez, par exemple cette grande peinture couleur terre où deux “figures” se font face. A gauche, une silhouette de Vénus primitive, assise, composée de lignes géométriques de couleur grenat, tracées sur un fond brouillé où la même forme semble avoir été préalablement peinte en vert. Et à droite, des tracés blancs évoquant un corps d’homme, lui aussi superposé à des formulations verdâtres. Les deux figures semblent s’incarner là, sous nos yeux, comme issues directement de la paroi de la caverne à laquelle fait penser le large brossage marron du fond. Et comme si cette naissance germinative ne suffisait pas, l’artiste place devant sa peinture une petite sculpture jaune, en bois, semblable à une Vénus aurignacienne encore couvertes des cupules de l’outil primitif, comme les marques archaïques d’un sculpteur venu de la profondeur du temps.

Ger Zijlstra, passionné d’archéologie et d’arts premiers, pose inlassablement la même question : qu’est-ce que vivre dans le temps? Comment rendre compte du passage incessant entre les âges reculés et le monde présent? Entre ce qui existait hier et qui n’est plus, et ce qui est aujourd’hui et court déjà vers sa perte? Comment relier, d’un même fil d’énergie, les grands disparus qui hantent notre mémoire?

Dans un texte demeuré célèbre, Umberto Eco célébrait autrefois ce qu’il appelait “l’œuvre ouverte” : l’œuvre d’art moderne, polyphonique, en tissage permanent, récusant la clôture pour offrir une création en mouvement, ouverte dans sa forme et dans ses interprétations. L’œuvre de Ger Zijlstra est une œuvre de cette nature, mais son ouverture loin d’être un jeu formel s’apparente plutôt à une entreprise de guérisseur.

Oui! Il est possible de relier les époques, de traverser le temps et de guérir les morts de la mort. L’œuvre ouverte de Ger Zijlstra, édifiée jour après jour depuis une éternité, cherche à réassembler le dispersé et à ramener à la vie les âmes errantes de nos vies. L’artiste veut bien alors absorber pour nous toutes les douleurs interminables, et ses yeux, droits dans les nôtres, ne cillent pas. Son innocence poignante et sa grande bonté ouvrent à nouveau le passage.

Michel Cegarra

L’œuvre ouverte de Ger Zijlstra, une double exposition : à la Maison dArt & Design, à Tronçais (03360) et au DomaineM à Cérilly (03350), du 6 avril au 5 mai 2013